Rassemblement du dimanche 22 novembre

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Vie municipale & citoyenne, Solidarité & action sociale

Discours prononcé par M. le Maire lors du rassemblement en hommage aux victimes des attentats de Paris.

DISCOURS DU 22.11.2015

Ce matin à nouveau, comme il y a dix mois, une tragédie absurde nous convoque. La folie et le fanatisme se sont, à nouveau, déchainés le 13 novembre dernier, plus meurtriers et plus barbares encore. A nouveau, à l’appel du Conseil Municipal unanime, nous avons voulu donner ce matin une expression collective à notre douleur confuse et intense.

Notre douleur est d’abord une compassion

C’est d’abord en pensant aux familles dévastées que nous sommes là. Pour partager un peu, comme nous le pouvons, leur insondable détresse.

Notre douleur est aussi une colère

Nous sommes en colère contre l’entreprise hideuse de déshumanisation qui est à l’œuvre, qui repère ses proies jusque sur notre sol et qui vise à abolir en elles ce qu’il y a de plus fondamental dans l’être humain : le discernement qui nous fait reconnaitre l’autre d’abord comme un semblable.

Notre douleur est aussi, pourquoi ne pas le dire, une crainte

Car comment se mettre à l’abri d’une telle folie ? comment résister ? comment combattre ? Comment penser contre ceux qui ne pensent plus. Des hommes de ténèbres, invoquant un dieu de ténèbres, leur fabriquent des devoirs de tuer pour motif d’idolâtrie. Et ils disent :

" Nous vaincrons car nous aimons la mort plus que vous n’aimez la vie "

Comment résister ? Comment combattre ? La réponse fondamentale, celle qui commande toutes les autres, est celle-ci : en relevant le défi de vivre et d’aimer la vie.

Relever le défi de vivre, c’est d’abord ne rien concéder sur ce qui nous fait vivre ensemble. Nous sommes ici pour dire que nous entendons, à tout prix, vivre sur cette terre de laïcité que nos pères ont obstinément désempierrée et labourée pour que nous puissions aujourd’hui y cultiver la liberté, l’égalité et la fraternité.

La liberté, la fraternité, la tolérance, la reconnaissance première de l’autre comme un semblable ne sont pas seulement des valeurs qu’on pourrait négocier lorsqu’elles deviennent trop risquées ou trop encombrantes.

Elles sont notre sang. Elles sont notre âme. Elles sont l’inconditionnelle manière que nous avons, ensemble, d’aimer la vie.

Alors oui, nous allons relever le défi de vivre. Nous allons continuer à aller au marché, le mardi et le samedi. Nous allons aller au cinéma, au théâtre ; oui, nous allons nous installer aux terrasses des cafés, faire du sport, lire, chanter. Cette magnifique banalité des choses de la vie, nous allons la partager entre nous tous, chrétiens, musulmans, juifs, athées, agnostiques. Et nous allons continuer à faire de nos divergences politiques, philosophiques, religieuses, des raisons de nous parler, fût-ce vigoureusement, car c’est ainsi que vit la démocratie. On ne nous volera pas notre âme.

Un dernier mot encore. Mes amis, prenons garde. Cette terre que nous ne céderons pas se desséchera si elle ne sait pas rester une terre d’asile.   Quelques que soient les précautions à prendre ( et il faut les prendre), les vérifications à faire ( et il faut les faire) comment pourrions-nous, sans nous trahir nous-mêmes, ne pas accueillir ceux que la même folie barbare et meurtrière que nous combattons a jeté sur les routes les plus périlleuses et qui viennent nous demander refuge ?

Notre rassemblement ce matin donne forme à notre «  vivre ensemble ». N’oublions pas qu’il est rendu possible par ceux qui forment notre premier rempart contre la violence aveugle : la gendarmerie, la police, l’armée, les services de secours, les services de santé. Nous leur adressons ce matin une parole de gratitude.

Que notre douleur soit compassion, crainte ou colère, elle va maintenant laisser le silence s’installer. La sonnerie aux morts va retentir. Nous observerons une minute de silence en hommage à tous ceux qui viennent de perdre leur vie et à qui nous devons de ne pas lâcher notre « vivre ensemble ». Et nous chanterons alors, ensemble, notre hymne.